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Gastronomie
Polonaise
Le Zurek
Cette soupe particulière, typiquement
polonaise et connue depuis des dizaines de générations,
est souvent appelée « soupe de la veille ».
– Le Zurek rétablit l'usage de l'appareil digestif
dérangé un peu plus tôt par l'abus de
boissons alcoolisées, déclare en riant Grzegorz
Kazubski, chef du service gastronomique de la chaîne
hôtelière Orbis.
Il paraît qu'il existe autant de manières
de préparer ce mets qu'il y a de régions historiques.
Tout à fait différent sera le Zurek des régions
de Cracovie (il contient des légumes), Kielce, Namyslów,
de la Podlachie. L'ingrédient de base est toujours
un bon levain de farine de seigle, appelé Zur, préparé
d'une manière appropriée avec un supplément
de croûte de pain bis.
Mangé les jours de jeûne, le Zurek
a toujours été une soupe très frugale.
On y mettait un minimum d'ingrédients indispensables.
Ce n'est que passé la période de jeûne,
par contre, que le cuisinier utilisait beaucoup plus généreusement
le contenu du garde-manger. Il ajoutait alors à la
décoction réconfortante des rondelles de saucisson,
une côte, des carrés de lard que l'on a préalablement
fait revenir, une moitié d'œuf dur. Lorsqu'il
prépare le Zurek mazovien classique, Grzegorz Kazubski
se sert de la recette qu'il détient de sa mère.
Pour en relever le goût, il ajoute à la soupe
du raifort et de la crème fraîche, de même
que de la marjolaine. Il met en plus quelques gousses d'ail,
des champignons hachés très fin et des rondelles
de saucisson blanc. Le résultat obtenu est une soupe
légèrement aigre, simple comme un paysage mazovien.
Le Bortch
Soupe à la betterave potagère
et aux raviolis farcis de champignons.
Le Bigos
L'un des plats les plus réputés
de l'ancienne cuisine polonaise : viande de boeuf, choucroute,
chou frais avec un supplément de pruneaux, de champignons
secs et de condiments variés.
La paupiette d'oie
Dès le xve siècle,
l'oie embellisait les tables royales et seigneuriales. Accommodée
avec des amandes et des aromates précieux que l'on
retirait pour les grandes occasions d'un coffre fermant
à clé, elle passait pour une suprême rareté.
Jaroslaw Komar, de l'hôtel
Grand à Varsovie, propose une composition culinaire
plus harmonieuse. Il faut laisser macérer la viande
d'oie dans du cognac ou du brandy pendant toute la nuit. Pour
relever l'arôme, on ajoute un peu de trójniak
(genre d'hydromel fruité et fermenté). Dans
une tranche mince de poitrine, on enroule ensuite la farce
d'oie contenant un petit supplément de viande de veau
ainsi qu'une portion copieuse d'abricots, de noix et de fruits
secs.
Après avoir été retiré
du four, le tout est enveloppé dans la peau bien cuite,
dorée et craquante de ce palmipède. Une place
particulière revient dans cette recette aux pruneaux
: ils communiquent en effet à la paupiette un fumet
caractéristique et une note sucrée. Une certaine
douceur est également donnée par la sauce mousseline
aux mûres avec du cognac ou du brandy, que l'on verse
sur la paupiette.
Dans le passé, l'oie était la
seule viande que l'on pouvait manger le jour de jeûne
de la veille de Noël, et ce aussi bien dans la Warmie
catholique que dans la toute proche Mazurie protestante. Dans
ces régions, l'oie rôtie occupait la place d'honneur
au beau milieu de la table. On servait également des
saucisses d'oie. La cuisine juive a créé les
fameux croupions d'oie, tandis que la cuisine noble était
réputée pour ses délicieux confits de
poitrines d'oie salées et fumées.
Le sandre
Ce plat réunit à merveille les
trois plus intéressants dons de la nature polonaise
: les poissons pêchés dans les lacs aux eaux
libres de toute pollution, les champignons cueillis dans les
forêts impénétrables et les écrevisses
attrapées dans les eaux de plus en plus propres des
rivières.
Adam Michalski, inventeur de la recette, mais
qui est aussi chef cuisinier à l'hôtel Sofitel
Victoria de Varsovie, a cherché l'inspiration dans
les vieux livres de cuisine. C'est dans ces livres de recettes
qu'il a puisé l'idée de servir le sandre avec
des champignons. Il a également pris la décision
originale d'inclure dans ce plat des écrevisses, ce
qui donnait une association de produits inconcevable jusqu'alors.
C'est ainsi que ces ingrédients ont permis la composition
d'un plat présentant une très grande harmonie
de couleurs, explique-t-il.
La délicate chair blanche du poisson
s'accorde remarquablement avec le brun subtil des chanterelles
cuites et la coloration orange des morceaux d'écrevisses
que l'on fait rissoler en supplément dans du beurre
d'écrevisses. Pour savourer les meilleurs poissons,
il est préférable de se rendre en Mazurie. C'est
là également qu'il est le plus facile de trouver
des écrevisses. Il n'est pas rare de découvrir
dans les vieilles chroniques des descriptions fascinantes
de « chasses » à ces appétissants
crustacés de notre pays.
Le canard aux pommes
Les canards nourris aux figues faisaient partie
des plaisirs raffinés de la table chez le richissime
général romain Lucullus. Dans la cuisine polonaise,
compte tenu certainement de leur accessibilité plus
grande, ce sont les pommes du pays qui ont remplacé
les fruits exotiques. C'est ainsi que le canard aux pommes
est venu embellir les tables des monarques, des seigneurs
et aussi – de nos jours – des restaurants polonais.
Les cuisiniers de la Grande Pologne ont le plus fortement
contribué à la promotion des spécialités
à base de canard.
Darek Pazikowski, de l'hôtel Grand à
Varsovie, accommode le canard à la manière qu'il
a trouvée dans un vieux livre de recettes culinaires
: il le macère dans une marinade faite d'hydromel trójniak,
limpide et doré. Cette noble boisson (que l'on ne trouvait
autrefois que dans les caves royales) donne à la viande
un arôme spécifique et en accélère
l'attendrissement. Avant d'être servie, la préparation
est entièrement recouverte d'un coulis de myrtilles
et de pommes.
Un jeune canard de six mois est le plus appétissant.
Il a meilleur goût à l'automne avec des pommes
fraîchement cueillies. Si l'on veut bien admettre qu'il
existe une garniture culinaire du canard typiquement «
polonaise », il s'agira incontestablement des pommes.
En l'occurrence, ce sont les fruits aigrelets d'une apparence
plutôt quelconque et insignifiante, provenant de vieux
pommiers d'espèces qui n'existent plus dans le monde,
qui semblent être les plus appropriés pour farcir,
tout en y ajoutant leur saveur, l'oiseau préféré
de Lucullus.
Les choux farcis (golàbki)
Au pays mythique de l'oisiveté et des
piqueassiettes, les « pigeonneaux rôtis tombaient
tout seuls dans la bouche », comme dit le proverbe.
Mais seulement là-bas. Qui sait si cette dénomination
de golàbki (ce qui signifie : pigeonnaux), outre la
forme proche de celle de la carcasse du pigeon, ne vient pas
de l'énorme quantité de travail nécessaire
à leur confection.
Le savoir-faire de celui qui confectionne les
golàbki consiste à enrouler adroitement dans
une feuille de chou boullie à l'eau une farce faite
de viande hachée, d'oignons légèrement
dorés, de riz cuit à l'eau et de champignons
secs cuits à l'eau également. L'ancienne cuisine
polonaise préférait, évidemment, au riz
les golàbki remplis de gruau de sarrasin et recouverts
d'une sauce appétissante à la crème fraîche
et aux champignons secs. Avant de les faire cuire, on les
arrosait parfois aussi de Zur, de bortsch ou d'une décoction
de champignons. Il n'y a pas encore si longtemps de cela,
les horticulteurs prévoyants n'oubliaient pas à
l'automne, lors de la préparation de la choucroute,
de mettre un ou plusieurs choux en entier dans le légume
débité, ceci justement pour pouvoir les utiliser
ultérieurement à la confection des golàbki.
De nos jours, les cuisiniers se bornent à
faire bouillir quelques feuilles de choux frais. Les golàbki
qui sont préparés par Marian Maroƒ, chef
de cuisine à l'hôtel Novotel Airport de Varsovie,
sont servis dans leur variante la plus classique, c'est-à-dire
accommodés avec une sauce tomate faite de tomates fraîches.
Les pirojkis
La pâte destinée à la
confection des pirojkis classiques est faite à partir
des plus simples éléments constituants : de
la farine, de l'eau, des œufs et un peu de sel. En été,
les tables polonaises sont embellies par les pirojkis aux
fruits : fraises, myrtilles, cerises et autres. Un plat particulièrement
apprécié des Polonais sont les pirojkis au fromage
blanc sucré, parfois même avec un appoint de
raisins secs qui lui confèrent une note sucrée
supplémentaire. Dans le bortsch rouge nagent de délicates
ravioles miniatures.
Les énormes pirojkis à la mode
de Samogitie, qui sont servis dans la région de Suwalki,
contiennent dans la majorité des cas une farce faite
de nonnettes voilées (bolets jaunes). Les pirojkis
à la russe, farcis de fromage blanc, d'oignons et de
pommes de terre, se sont très bien acclimatés
dans la Petite Pologne. Cependant, une découverte des
plus mémorables pour la plus grande majorité
des étrangers visitant la Pologne sont les traditionnels
pirojkis farcis de choux et de champignons.
De cette même pâte sont découpées,
au moyen d'un verre, des galettes plates rondes que l'on remplit
d'une farce préparée avec des champignons et
des choux cuits à l'eau et hachés, et qu'il
faut ensuite plier en deux et fermer d'une façon caractéristique
en demi-lune, en collant bien les bords avec les doigts. La
saveur naturelle de la farce n'est relevée qu'avec
une pointe de poivre et de sel. Les pirojkis peuvent être
savourés pleinement dans n'importe quelle région
de la Pologne.
Le millefeuille papal
Il est rare qu'une simple
phrase puisse décider du succès extraordinaire
de quelque morceau friand. Lorsque le pape Jean-Paul II s'est
laissé emporter en juin 1999 à Wadowice, sa
ville natale, par une vague de souvenirs nostalgiques, nul
ne prévoyait que cela marquait justement un tournant
dans l'histoire de la pâtisserie-confiserie polonaise.
Il lui a suffi de rappeler la saveur des millefeuilles dont
il se délectait à la pâtisserie de la
place du Marché, pour qu'il ne soit plus possible,
dès le lendemain, de trouver dans toute la ville aucun
gâteau qui ne rappellerait – même de loin
– un millefeuille à la crème pâtissière,
désigné depuis lors avec fierté par le
terme de « papal ».
Henryk Podsiadào,
pâtissier-confiseur à l'hôtel Europejski
de Varsovie, recommande un gâteau composé de
deux fines couches de pâte feuilletée garnies
intérieurement de crème pâtissière,
enrichie d'une petite note de brandy. La Petite Pologne est
la région qui se prête le mieux à la dégustation
des produits de la pâtisserie-confiserie.
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